Non classé

Je vous sauverai tous, Emilie Frèche

je vous sauverai tous

 

Résumé :

 

Clinique de l’Abbaye, Viry-Châtillon, le 15 octobre 2014.

Seize années d’amour, de tendresse, d’écoute, d’enseignement, d’erreur aussi sans doute, mais toujours cette volonté d’être là et de faire au mieux, et au final, ce grand vide, ce silence abyssal ? Je n’imaginai pas qu’on puisse être abandonné par son enfant. C’est pourtant ce que ma fille a fait. Oui, elle nous a abandonnés, sa mère et moi, depuis quinze jours, nous voilà errants, orphelins d’elle, aux confins de la folie. Eléa n’avait que dix-sept ans.

Juvisy-sur-Orge, le 17 novembre 2015.

Ce qui me tuera, c’est la honte. C’est de voir et d’entendre partout des gens communier, et d’imaginer toi, te réjouissant de ce grand chagrin national. Comment assumer une chose pareille ? Pour la mère que je suis, c’est impossible. Je m’en vais donc, ma chérie. Je pars rejoindre ce pays du Levant qui compte l’Irak et la Syrie.

 

Mon avis : 

Alors là, ce livre mais quel coup de cœur ! Pourtant je dois avouer que j’ai eu du mal à l’attaquer, j’en avais entendu dire tellement de bien que je l’ai acheté et malgré tout aucune envie de m’y mettre. Et bien c’est fait et aucun regret bien au contraire : ce livre a pour moi tout ce qu’il faut pour un bon bouquin, c’est un témoignage bouleversant d’un père, d’une mère et de leur fille, qui s’écrivent chacun à travers un journal intime après le départ de la fille pour la Syrie et l’embrigadement pour aller faire le Djihad. De plus, il est très bien écrit, simple mais puissant.

Eléa n’a que 17 ans lorsqu’elle part pour la Syrie rejoindre Daech et ses parents n’ont rien vu venir, ne pouvaient pas se douter qu’une telle chose pouvait arriver, leur fille étant pleine de vie, de folie, vivant sa vie à fond avec sa meilleure amie Johanna et son copain Marin.  Enfin une vie d’adolescente normale quoi ! Et puis, petit à petit, on découvre à travers son journal intime comment elle en est arrivée là, se coupant de tout le monde, au fur et à mesure, se mettant à détester la société et ses idées. On peut voir le processus de l’embrigadement via les réseaux sociaux : des personnes qui lui donnaient l’impression d’être une personne à part, qui lui montraient les sourates du Coran en se servant de ses peurs, de ses doutes et de la soi-disant « vraie version » du Coran…

J’ai trouvé ça juste magnifique cette idée d’une mère et d’un père qui écrivent en fait à leur fille à travers leur journal intime, cela rend l’histoire tellement plus vivante, on ressent leur souffrance, leur incompréhension et leur colère aussi et j’aurai presque eu envie de crier avec eux !

D’un côté, le point de vue de la mère Laurence qui raconte à sa fille son quotidien, sa tristesse et qui malgré cette incompréhension et ce manque tellement profond décide de se battre et de s’investir dans les associations qui aident les jeunes qui sont fait arrêter aux frontières avant qu’ils aient eu le temps de rejoindre la Syrie. Elle accepte de passer à la radio, d’expliquer son combat, tout en ayant l’espoir qu’un jour sa fille rentre. Elle prend même sous son aile une jeune fille qui s’est radicalisée ce qui l’aide un peu à faire face à sa douleur.

D’un autre côté, le point de vue du père Samir qui lui paradoxalement a complètement perdu pied et s’est fait interner dans un hôpital psychiatrique. Il mélange son enfance en Algérie où il a connu des choses très dures et le présent sous l’influence des médicaments. Il s’en veut de ne pas avoir plus parler de religion avec sa fille pour lui expliquer, lui n’étant que très peu pratiquant. Mais contrairement à sa femme qui exprime sa colère et sa frustration à travers ses actions, lui se laisse complètement couler. Cela m’a beaucoup touché personnellement de voir toute la détresse du père, qui ne se remettra jamais de n’avoir rien vu venir : pour moi c’est encore plus fort un homme qui sait montrer ses émotions.

En résumé très bon livre, on nous dévoile très bien les processus d’embrigadement même si je dois avouer que, quitte à me faire taper sur les doigts, j’ai encore énormément de mal à m’imaginer qu’on puisse se laisser influencer comme ça du tout au tout en si peu de temps en ayant un univers familial aussi stable et aimant. Mais je sais que c’est effectivement le cas et le livre le décrit suffisamment. « Je vous sauverai tous » m’a fait penser à un téléfilm que j’avais vu il y a quelques mois sur France 2 et que j’avais beaucoup apprécié. Par contre, ne vous attendez pas à de la grande littérature, mais c’est tellement peu important face à ce sujet tellement poignant !

Je vous mets même une petite citation de la fin du livre qui je trouve résume à la perfection ce si joli livre (avec le titre qui est très explicite aussi) :

Attention spoiler !!

C’est la maman qui parle du papa :

« Il pense qu’il n’aura pas supporté ta disparition. Il se trompe. Ton père y aurait survécu, j’en suis sûre. La douleur a été incommensurable, mais il aurait appris à vivre avec, comme on apprend à vivre avec un membre amputé. Ce qui l’aura tué, c’est la honte. C’est de voir et d’entendre partout des gens communier, et t’imaginer toi, te réjouissant de ce grand chagrin national. Comment assume-t-on une chose pareille ? C’est impossible… ».

 

Si je devais donner une note : 

19/20

Non classé·polar

Le temps est assassin, Michel Bussi

Le-temps-est-aain

 

Résumé : 

Été 1989. La Corse, presqu’île de la Revellata, entre mer et montagne. Sur cette route de corniche, au-dessus d’un ravin de vingt mètres, une voiture roule trop vite et bascule dans le vide. Une seule survivante : Clothilde, quinze ans. Ses parents et son frère n’ont pas eu la même chance.

Été 2016. Clothilde revient pour la première fois sur les lieux du drame, accompagnée de son mari et de sa fille adolescente. Elle veut profiter de ces vacances pour exorciser le passé. C’est au camping dans lequel elle a vécu son dernier été avec ses parents, que l’attend une lettre… de sa mère. Vivante ?

 

Mon avis : 

Que dire de ce livre sinon que je l’ai adoré. C’est le cinquième livre que je lis de cet auteur et même si bien évidemment j’ai des préférences je les trouve à chaque fois très agréables à lire. Pour tout dire, je pense même que « le temps est assassin » est tout près de détrôner mon préféré : Nymphéas Noirs. Une fois qu’on a commencé, on n’a pas envie d’arrêter pour connaître le dénouement ce qui est la base d’un bon polar justement.

Comme d’habitude Bussi nous fait partir dans pleins de directions, laisse notre imagination se mettre en marche : tous les personnages sont des suspects potentiels et le suspens est présent à nouveau jusqu’à la fin du livre.

L’histoire se déroule en Corse et j’ai apprécié la description des paysages, de la presqu’île dans son ensemble et sans tomber dans les clichés qui seraient extrêmement faciles, l’auteur nous dévoile un peu la mentalité et les traditions familiales corses et j’ai beaucoup aimé. Autre point positif pour moi : les personnages qui peuvent être à la fois touchants comme Clothilde de part le drame familial qu’elle a vécu mais aussi énervants comme sa fille Valentine qui donne l’impression de n’en avoir rien à faire de sa mère, de son histoire et puis on repense que c’est une adolescente de quinze ans et que c’est normal!!! Son mari Franck est aussi un personnage quand même assez intéressant à découvrir et cela est limite dérangeant j’ai trouvé que lui aussi n’accorde aucune importance à l’enfance de sa femme.

Autre point positif, le récit jongle entre l’année 1989 et l’année 2016 et c’est captivant de découvrir les différences qu’il peut y avoir tant au niveau de l’évolution des personnages (mentale ou physique d’ailleurs!) que nous avions laissés adolescents et les adultes qu’ils sont devenus après le drame qui s’est déroulé en 1989. Le changement de décor avec les années est aussi décrit avec une précision crédible.

En ce qui concerne les points négatifs (et oui il faut bien qu’il y en ai un peu!), c’est un livre qu’il faut lire avec attention car il y a énormément de personnages différents et par moment il faut quelques secondes pour se remémorer de qui on parle.

Et, comme presque tous les livres de Bussi, un petit reproche quant à la longueur du  livre : certaines pages de la fin mériteraient à mon avis d’être largement raccourcies ce qui n’enlèverait rien à l’histoire et à son dénouement.

Voilà en résumé, super bonne lecture qui tient en haleine jusqu’à la fin : on espère encore et encore, on échafaude des théories toutes plus farfelues les unes que les autres et au final on ne s’attend pas du tout à cette fin et c’est encore une bonne surprise de Michel Bussi !

 

Si je devais donner une note : 

18/20